Et le vin te rapportera de l’argent (au pire tu le boiras) – Partie II
by Le Nez • 10/12/2011 • Le Petit Financier du Vin • 0 Comments
Tout ce qui faut en lui pour se valoriser…
Les grands vins Bordelais, mais aussi de Bourgogne, et même Italiens pour ne citer qu’eux, sont pour la plupart ce que l’on appelle des vins de garde. Les grands vignerons conçoivent leur vin dans l’optique d’offrir plusieurs décennie plus tard une boisson avec une palette gustative d’une rare complexité, avec un équilibre subtil entre l’alcool, l’acidité et le corps du vin (tannin et autres composants phénoliques). Le temps ne fait que développer cette complexité pour arriver à l’apogée, son expression ultime. Par la suite, il décline. Cette courbe qui décrit l’évolution de la qualité est donc aussi une courbe de valeur fondamentale du vin… ce qui plait à un esprit financier !
La production des grands vins est limitée en quantité, variant en fonction du millésime et du volume produit par les vignes. Le concept d’AOC en France délimite donc une zone où il est possible de réaliser son vin. La seule façon pour une grande propriété d’augmenter sa production est de racheter son voisin dans la même AOC. Il n’est donc pas difficile d’imaginer les offres hallucinantes que reçoivent nombre de petits propriétaires à Pauillac ou à Pomerol pour ne citer que ces appellations. Ce qui au passage permet de basculer un lot initialement vendu 15€/blle à plus de 200€ (cas où Latour racheterait des parcelle au fin fond de Pauillac à titre d’exemple)…
Ainsi un grand vin est par essence rare et l’effet d’une demande mondialisée favorise les prix à la hausse. Enfin, un autre effet qui valorise le vin dans le temps et qui accentue la rareté est l’impatience des consommateurs qui décident de boire leur vin. La quantité disponible du vin millésimé diminue donc au fil des années. Tous ces éléments constituent des éléments intrinsèques de valorisation du vin dans le temps.
Profil rendement / risque par classe d’actifs
Mais attention au pétard mouillé
Néanmoins, on se doit d’être critique et indiquer quels éléments vont plaire à un spéculateur mais moins à un épargnant. A l’instar de l’Or ou de l’Art, le vin est un placement en Capital mais qui ne rapporte pas de revenus. Il est même source de dépense à cause du stockage et du conditionnement optimal, sans parler du risque de vol. Ainsi, en cas de chute des cours, on n’a que les yeux pour pleurer et le vin pour combler son chagrin (ce qui est déjà pas mal).
En soi, cela révèle qu’investir dans le vin ne sert pas à l’économie. Ce n’est pas un investissement utile et productif et il ne rapporte pas de dividende ou d’intérêt. Aussi, étant donné que c’est un marché étroit (la production de très grands vin est faible), le produit est facilement « cornerisable », c’est-à-dire qu’un agent économique, s’il a les moyen les moyens financiers et technique de le faire, peut assécher le marché, stocker une grande partie du vin et créer une rareté fictive. La liquidation de son stock créera un effondrement des cours.
En soi, nous sommes assez proches des caractéristique d’un marché de matière première. À la différence près qu’on ne peut pas se couvrir contre la baisse d’un effondrement du prix des vins (pas de marché de produit dérivés). Ce dernier point est important puisque au delà du dégout qu’inspirent les produit dérivés, le mécanisme de vente à découvert permet, selon les grands théoriciens de la finance, d’éviter les mécanismes de bulle en permettant aux investisseurs de prendre des paris à la baisse (ce qu’une entreprise de vente sur internet a bien essayé de faire mais cela n’a pas été un franc succès suite à des problèmes de livraison bien connus…) . La question est aussi de savoir qui sera le dernier porteur de ces vins à maturité, et qui mettra la main au portefeuille pour se procurer un Yquem de 100 ans. A la limite, on peut même se demander si ces vins seront bus un jour…
Le vin a toute les caractéristiques d’un actif qui prend de la valeur, mais il n’est pas sans risque et ne rapporte pas de revenu. Alors pourquoi dit-on que c’est une valeur refuge ? En réalité, c’est un placement dit alternatif (aux actions, obligations). Le placement dit alternatif est considéré par les spécialistes de l’allocation d’actif de portefeuille comme des actifs satellites qui gravitent en petite quantité autour d’actif dit “cœurs” tels que les actions, les obligations et l’immobilier. Leur détention entre 5 et 10 % du patrimoine se justifie par un effet de diversification (ne pas mettre tous les œufs dans le même panier => Voir Markovitz et cie) et de décorrélation (quand les actions s’effondrent, le marché du vin lui reste stable).
Références :
-La bourse du vin : Liv-Ex
-Pour ceux qui aiment se torturer l’esprit, un petit pdf qui les ramènera au banc de l’école sur le fonctionnement des marchés à terme. Je prévois très prochainement de châtier le lecteur en faisant une analogie au négoce de vin.


