Rencontre d’un bordelais avec les blancs de Bourgogne…
by Le Nez • 18/03/2012 • Amuse-bouches • 1 Comment
Nombrilisme bordelais oblige, les vins de Bourgogne ont toujours été pour moi une sorte d’ovni lors des dégustations dominicales à l’aveugle. On se disait « Tiens celui là, ce n’est sûrement pas un rive gauche et à priori pas un rive droite, Pessac ? Non pas possible. C’est quoi ce truc ? ». Tout simplement un Corton, un vin incroyable. Angoisse bordelaise : on ferait donc de très grands vins ailleurs ?
Depuis mon arrivée à Paris, bien que beaucoup de gens vénèrent les terres girondines, il semble que leurs cœurs soient plus tournés vers les Côtes de Beaune ou les Chablis. Vraiment intrigué par cette préférence, parfois vexé en entendant régulièrement que « les plus grands vins du monde sont dans la Côte de Nuits », j’ai décidé d’entamer une véritable conversion, de ne plus résister au prosélytisme Bourguignon, de chercher l’éveil gustatif face à la tyrannie du Cabernet ou du sémillon.
A l’évidence, c’est tout d’abord sur les vins blancs qu’on s’aperçoit que Bordeaux n’est pas sur le centre du monde. Très loin de là. Mise à part quelques grands Pessac ou vins de spécialiste tel le Floridène du remarquable Dubourdieu (ponte de l’œnologie locale), aucun Bordeaux, à mon sens ne rivalise avec la finesse des grands chardonnays Bourguignons issus de Corton Charlemagne ou de Montrachet, ou bien même les sauvignons blanc de Sancerre ou de Pouilly Fumé.
Alors, naturellement, les cépages sont différents mais il faut tout de même reconnaître que l’élégance se retrouve plus dans les grands chardonnays de la côte d’Or ou sur les versants qui dominent le village de Chablis.
La finesse des Chardonnay de l’Yonne
Dans les très grands vins blancs, si on commence par la partie Nord de la région, on ne peut eviter de passer par Chablis. Il suffit d’imaginer ce versant orienté Sud Est où sont tous les grand cru de l’appellation (à peine 100 hectares de quintessence), c’est dire les fameux vin issu des Valmur, les Clos et Blanchots . Nous avons ici l’expression du grand Chardonnay, de l’élegance, de la rondeur et une grande capacité à resister au temps.
Une de mes récentes découvertes est un 1 er cru ” les Forest” un climat situé au sud-est de la ville vinifié par l’excellent Domaine René et Vincent Dauvissat, producteur sur plusieurs grands crus dont les Peuses et les Clos.
C’est à “La Petite Sirène de Copenhague”, excellent restaurant danois dans le 9 eme, que j’ai fait la connaissance de ce vin. Sur une sole meunière remarquablement préparée, c’est tout d’abord un 2005 qui est venu flatter mes papilles avec un bois fondu, des agrumes discret, un zest de nervosité, très minéral et frais. Certes, un potentiel de vieillissement limité (5 ans encore à mon avis) mais beaucoup de finesse. Le 2009 a un gros potentiel mais bien trop jeune et fermé, très nerveux. Dommage de le boire maintenant.
Les joyaux de la Côte d’Or
Inutile je pense de décrire cette région mythique du vin au risque de dire pas mal de bêtises, ou de choses déjà vues. Impossible de ne pas connaître (au moins de nom) le village de Beaune et les noms des vins légendaires qui entourent cette commune.
J’ai eu la chance de boire plusieurs fois des vins provenant de la grande colline d’Aloxe Corton. Ici plusieurs producteurs de renom sévissent sur les plus beau climats: Bonneau du Martray, Louis Latour pour ne citer qu’eux.
Le Corton Charlemagne du Domaine Jean Jacques Girard est une bonne illustration de ce que les vignes d’Aloxe Corton peuvent produire. Originaire de Savigny les beaunes, ces producteurs possedent 18 hectare repartis sur différentes appellations de qualité dont effectivement une partie dans les grandes parcelles Grand cru qui dévalent le bois de Corton. Le vrai bonheur de ce Corton Charlemagne est d’afficher un gras et une matière exceptionelle en bouche, malgré un vin qui a déjà 10 ans (millésime 2002). Très glycériné, très ample et des aromes beurre frais, ce vin peut très bien se défendre contre un plat en sauce, voire une volaille. Neanmoins, le must serait des crustacés, ou comme illustré sur la droite, un Savarin de Saint Jacques aux Cèpes. Un tel moment de dégustation et de plaisir marque l’esprit et reste exceptionnel!
Ainsi, revenons à des choses plus simples. Autrement dit, au delà, des vins mythiques qui ne peuvent être dégustés que dans des moments rares, il existe ces pépites comme dit l’ami co-Nombriliste, ces petits producteurs méconnus. Là aussi, il ya des choses incroyables à trouver au hasard au cours d’un apéro.
Comme ce vin étonnant des Domaine Guffens-Heynen, plutot situé dans le Mâconnais aux environs de Pierreclos , qui ne jouit d’aucune AOC de prestige. Simplement l’AOC Bourgogne et une main d’homme remarquable. Il s’agit de la cuvée “Jeunes vignes et derniers jus” 2009. Ce vin jouit d’un équilibre parfait, d’une acidité et d’une fraicheur bien présentes sans être excessive, d’un gras étonnant étant donné la qualité moyenne du terroir où est réalisé ce vin. Cependant le prix en cave parisienne peut atteindre les 30 € ce qui n’est pas donné. La qualité est tout de même au rendez vous.
Il faut dire aussi que le Domaine Guffens-Heynen jouit d’une très bonnne réputation. Les propriétaires sont reconnus pour avoir redynamisé l’appellation Pouilly Fuissé notamment en réalisant des vins sur les climats “Les Crous”,” Les Crays” et” La roche” situés sur les versants orientés sud ouest de la Roche de Vergisson.
Non, si on veut rester dans les rapports prix/plaisir incroyables, la très bonne surprise fut un autre Pouilly Fuissé provenant aussi de “La Roche” à coté de Vergisson. Il s’agit du Domaine Chataigneraie-Laborier La Roche 2009. Ce vin est fruité, vif facile à boire, équilibré et sans défaut. Pas de puissance exceptionelle mais toute l’élégance minérale d’un chardonnay de qualité est là, tout en agrume.
Découvert par un collégue de bureau, ce vin accompagné de quelques brebis espagnoles nous a agréablement surpris et surtout nous a permis de soulager l’attente du carafage de la bouteille suivante… Un grand Médoc. Nombrilisme bordelais oblige.
- Toutes les cartes géographiques sont des emprunts de l’excellent ” Atlas Mondial du Vin” de Hugh Johnson et Francis Robinson, 5 eme Edition, Flammarion.
- Je vous recommande chaleureusement “La Petite Sirène de Copenhague” qui est un très bon restaurant, vous serez très bien reçu par Peter Thulstrup, le maître des lieux. 47 Rue Notre Dame de Lorette 75009
- Plus chic, véritable institution parisienne, le célébre restaurant “le Dôme” 108 boulevard Montparnasse 75014 Paris ou des filets de rouget feront certainement honneur à un Chablis.
- Si vous voulez trouver quelques bonnes références, dont les vins du Domaine Guffens-Heynen , la Cave “les vins d’Alexandre” 26 bd jules ferry 75011 Paris.






certe les vins de Bourgogne sont très bons, mais cela ne justifie en rien les tarifs pratiqués ! car malheureusement le plaisir ressentit n’est pas proportionnel au prix !